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Autour de la Lune avec l’équipage d’Artemis 2 en avril 2026. Près de 60 ans plus tard, un remake
d’Earth Rise, la photographie iconique prise au cours de la mission Apollo 8 ? Plutôt un coucher
de Terre sur laquelle l’Australie et l’océanie restent éclairées.
Référence image : art002e009280. Crédit image : NASA
Aucun humain n’avait survolé la Lune depuis la dernière mission Apollo (Apollo 17 en décembre 1972). A bord de la capsule Orion, l’équipage de la mission Artemis 2 a accompli un peu plus de la moitié de son voyage historique.
Après leur survol de la face cachée de la Lune, sur leur trajectoire de retour libre, Christina Koch, Victor Glover, Reid Wiseman et Jeremy Hansen viennent de commencer le voyage de retour vers la Terre
Sur les traces d’Apollo
Une mission qui porte le nom de la déesse sœur jumelle d’Apollon devait forcément rappeler quelques souvenirs des grands moments du programme Apollo… On pense évidemment à Apollo 8 en décembre 1968 et à Apollo 13 en avril 1970.
Mais Artemis a battu un record. Aucun vol habité n’avait emmené son équipage plus loin de la Terre : son équipage ont atteint une distance de la Terre de 406771 kilomètres, battant le record détenu, involontairement, par Jim Lovell, Jack Swigert et Fred Haise au cours de la mission Apollo 13.
Houston, no problem…
La mission Apollo 13, qui n’avait pu se poser sur la Lune après l’explosion d’un réservoir d’oxygène, est néanmoins restée célèbre comme une opération de sauvetage extraordinaire. Sur une trajectoire de retour libre vers la Terre, le vaisseau Apollo (Odyssey et Aquarius) avait survolé la surface de la Lune à 254 kilomètres d’altitude.
56 ans plus tard, pratiquement jour pour jour, à bord du vaisseau Orion, l’équipage de la mission Artemis 2 a survolé la Lune à environ 6500 kilomètres d’altitude pendant un peu moins de 7 heures.
Objectif Lune avec un objectif braqué vers la Terre :autour de la Lune pour voir la Terre
Même à 6500 km d’altitude, le spectacle des cratères et de la face cachée de la Lune doit être fascinant. Les 4 astronautes ont également pu assister à une éclipse solaire à un coucher et un lever de Terre. Voici d’abord la photo de l’éclipse de soleil vue du vaisseau Orion.
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Une éclipse de soleil vue le 6 avril 2026 par les astronautes de la mission Artemis II.
Référence image : art002e009301. Crédit image : NASA
La photographie a été prise le 6 avril 2026 alors que le vaisseau Orion survole la face cachée de la Lune. A une distance de quelques milliers de kilomètres, notre satellite naturel est suffisamment gros pour masquer totalement le soleil pendant près d’une heure. Le halot clair révèle des détails de la couronne solaire et le ciel étoilé apparaît. Le petit croissant plus clair à droite de la face cachée est légèrement éclairé par la lumière réfléchie par la Terre et son atmosphère.
Earth Rise ou Earth Set ?
Mais évidemment, tout le monde attendait aussi un nouvel Earth Rise, la photographie iconique prise pendant la mission Apollo 8. Celle présentée au début de cet article est plutôt un coucher de Terre mais y ressemble beaucoup.
Voici la version 2026 du lever de Terre vu depuis le vaisseau Orion et publié par la NASA. J’avoue préférer la version d’Apollo 8 prise par William Anders à 110 km d’altitude ou le remake effectué à partir d’images acquises par la sonde LRO en décembre 2013.
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Earth Rise version 2026 : photographie prise le 6 avril par les astronautes de la mission Artemis 2.
Le croissant de Terre est pris avec un téléobjectif de 400mm. Référence image : art002e009280. Crédit image : NASA
Les astronautes d’Artemis 2 ont également pris une série de photographies pour immortaliser le coucher de Terre dont ils ont été témoins avec les cratères de la Lune au premier plan :
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Quelques photographies prises par les astronautes de la mission Artemis II le 6 avril 2026 pendant
le lever de Terre. Références des images : art002e009287, art002e009288 et art002e009289.
Crédit image : NASA
La capsule Orion est à une altitude beaucoup plus élevée que le module de commande d’Apollo 8 mais les photographies sont très réussies et la perspective est assez voisine. Sur le sol lunaire, des milliers de cratères : la « magnifique désolation », telle que l’avait décrite Buzz Aldrin au cours de la mission Apollo 11, contraste avec les couleurs de notre petite bille bleu pâle à l’horizon. Souriez pour le selfie…
A proximité du terminateur lunaire (la limite entre le jour et la nuit sur la Lune), la lumière rasante avec des ombres portées qui contrastent avec les parties encore éclairées met en évidence le relief des cratères. Un soir d’hiver, au moment du premier quartier, avec une paire de jumelles, une lunette astronomique ou un petit télescope, je vous recommande de vous balader un peu le long du terminateur lunaire : c’est toujours saisissant… Depuis la Terre, vous ne verrez pas comme les astronautes de la mission Artemis II les cratères de la face cachée mais c’est aussi un spectacle inoubliable.
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Quelques cratères de la face cachée de la Lune à proximité du terminateur lunaire photographiés
par l’équipage d’Artemis 2. Parmi ces cratères d’impact, le cratère Stebbins, le cratère Birkhoff et le cratère
Joule. Photographie prise le 6 avril 2026. Référence image : art002e009281. Crédit image : NASA
La dernière partie du grand huit
Lorsque le vaisseau Orion émerge de la partie cachée de la Lune, plus de la moitié de la mission s’est écoulée.
L’Agence Spatiale Canadienne (Jeremy Hansen est un astronaute canadien qui effectue son premier vol sur Artemis 2) a publié une version française d’une infographie de la NASA montrant le profil de la mission, un grand huit à parcourir en un peu plus de 10 jours et une trajectoire qui va sembler familière aux fans des missions Apollo.
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Infographie montrant la trajectoire de la mission Artemis II et les principales étapes.
Crédit : Agence Spatiale Canadienne
Après la mise en orbite, l’étage supérieur (ICPS) est chargé d’élever l’altitude à environ 160 km. Trois heures après le lancement, l’équipage réalise des « opérations de proximité » destinées à vérifier la maniabilité de vaisseau Orion en s’approchant et en s’éloignant de l’étage supérieur.
Une petite sieste et c’est déjà le moment de la manœuvre d’injection en orbite translunaire (TLI) qui met la capsule Orion sur un trajectoire de retour libre vers la Terre passant autour de la Lune. C’est aussi l’occasion de jeter un œil vers la Terre qui s’éloigne…
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En route vers la Lune, les astronautes de la mission Artemis II admirent la Terre à travers les hublots
de la capsule Orion. A gauche, Christina Koch, spécialiste de mission. A droite, Reid Wiseman,
commandant de la mission. Photographies prises le 2 avril 2026. Cliquer sur les images pour les agrandir.
Crédit image : NASA.
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Clin d’œil à la mission Apollo 17 et son « Blue Marble » : une nouvelle photographie de la grosse bille
bleue prise le 2 avril 2026 par l’astronaute Reid Wiseman après l’injection en orbite translunaire.
Le nord et le sud sont inversés par rapport à la représentation habituelle.
Crédit image : NASA / Redi Wiseman
Au cours du 3ème et du 4ème jour de la mission, des manœuvres d’affinage de la trajectoire sont effectuées et les 4 astronautes font différents exercices médicaux et préparent les prises de vue de la surface lunaire. Ils réalisent aussi quelques photographies depuis le hublot du vaisseau Orion. Ces photos rappellent aussi les missions Apollo.
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Quelques photographies de la Terre prises par les astronautes de la mission Artemis II.
En haut, une vue de la Terre dans l’obscurité prise par Reid Wiseman le 3 avril 2026. Référence image : art002e000193.
Au milieu, un croissant de Terre photographié le 4 avril 2026. Référence image : art002e004437.
En bas, la limite jour-nuit vue le 3 avril 2026 depuis le vaisseau Orion. Référence image : art002e000190.
Crédit image : NASA
Le 5 avril correspond à l’entrée de la sphère d’influence de la Lune avec une dernière correction de trajectoire avant le survol de la face cachée, avec une interruption des communications avec la Terre pendant quelques dizaines de minutes.
Commence alors le retour vers la Terre, avant la rentrée atmosphérique, une des phases de la mission les plus critiques, et, après l’ouverture des onze parachutes, l’amerrissage dans l’océan Pacifique.
N’en déplaise à Tsiolkovski, le retour au berceau (au bercail ?) est bienvenu…
Faut-il aller derrière la Lune pour photographier la Terre ?
Et prendre conscience de sa beauté et de sa fragilité ?
Tout au long du vol, si l’attraction terrestre attire le vaisseau Orion vers la Terre, la beauté et les couleurs de la planète bleue attirent le regard des astronautes, même lorsqu’ils contemplent la magnifique désolation de la Lune.
Thomas Pesquet a commenté les photographies prises par les astronautes de la mission Artemis II en rappelant que la Terre était une petite oasis fragile, que « c’est tellement plus important de la protéger que de se quereller. Ça sert à ça, l’exploration spatiale : à apprendre des choses sur notre place (au demeurant insignifiante) dans l’univers, et essayer de rendre la vie un peu meilleure grâce à ces connaissances… »
Un message assez classique de ceux qui ont vécu l'overview effect, la Terre vue depuis l'espace...
Nul doute que le débat, clivant, sur l’intérêt des vols habités en général et du programme Artemis en particulier (93 milliards au total sur la période 2012-2025) va être relancé.
Voir la Terre depuis derrière la Lune, c'est fascinant. Mais à quel coût, pour quel objectif scientifique et quel projet politique ? Ne suffit-il pas d’envoyer des satellites d’observation autour de la Terre ou des missions scientifiques robotisées ailleurs dans le système solaire. Faut-il que l’Europe devienne à son tour autonome en matière de vols habités ? Au détriment de quel autre programme ?
Je suis admiratif des prouesses réalisées par les astronautes depuis le vol historique de Gagarine ou de John Glenn, les missions Mercury ou Apollo et je continue à suivre avec intérêt les nouvelles missions partout dans le monde.
Mais je suis de plus en plus dubitatif sur la justification et l’intérêt des nouveaux narratifs, promettant la Lune et Mars, souvent dans une logique de nouvelle frontière avec sa dimension de colonisation et pas seulement d'exploration, mais avec, réalité oblige, des échéances sans cesse repoussées. Quels sont les objectifs scientifiques ? Ne s’agit-il pas juste d’une nouvelle course à l’espace entre les Etats-Unis et la Chine ?
A part ça, quel budget pour la science à la NASA ?
Hasard du calendrier ? Deux jours après le lancement de Artemis II, Donald Trump a proposé au congrès une baisse de 47% du budget pour la science à la NASA en 2027. L'agence spatiale américaine a déjà perdu plusieurs milliers d'employés depuis le retour du milliardaire à la Maison Blanche. Les coupes budgétaires concernent aussi la NSF (-55%) et d’autres organismes.
Si la proposition de budget du président pour l'exercice 2027 (PBR) était adoptée, ce serait un nouveau coup dur pour les sciences astronomiques.
C’est le congrès qui en dernier ressort décide des montant alloués. L’Association Américaine d’Astronomie (AAS) vient de lancer une campagne pour inciter ses adhérents à convaincre les membres du congrès de rejeter cette proposition.
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Décollage du lanceur SLS depuis le Centre Spatial Kennedy (KSC) le 1er avril 2026.
98 mètres de hauteur, une masse de 2722 tonnes et 3991 tonnes de poussée. Tout en haut le vaisseau Orion
et l’équipage de la mission Artemis II. La vitesse orbitale est atteinte après 8 minutes de vol.
Crédit image : NASA / Bill Ingalls
En savoir plus :
- Les articles du blog Un autre regard sur la Terre sur le programme Artemis et la fusée SLS.
- Un article sur Apollo 8 et le remake de la photographie historique du lever de Terre.
- Un article sur les missions Apollo.
- Un article sur les hommes et les femmes dans l’espace.
- Les autres articles sur les vols habités.
- Sur le site de la NASA, le blog de la mission Artemis 2 et la galerie de photographies.
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