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Un autre regard sur la Terre

Espace, satellites, observation de la Terre, fusées et lancements, astronomie, sciences et techniques, etc. A l 'école ou ailleurs, des images pour les curieux...

Retour sur les frappes à Téhéran vues par le satellite Pléiades Neo 4 : la bonne image au bon moment. Décryptage…

Publié le 6 Mars 2026 par Gédéon in Sécurité-et-défense, Acquisition-et-traitement-des-images, Image-d'actualité-Images-de-la-semaine

Téhéran - Teheran - Attaque - Bombardement - Ali Khamenei - Ayatollah - Pléiades Neo 4 - satellite - USA - Israel - Février 2026 - Bâtiment détruit - fumée noire

28 février 2026 à Téhéran en Iran : les ruines d’un bâtiment où se réunissent des responsables iraniens
avec l’Ayatollah Ali Khamenei. Extrait d’une image acquise le jour de l’attaque par
le satellite Pléiades Neo. Copyright Airbus DS 2026

 

Samedi 28 février 2026, cette image satellite a fait la une de plusieurs médias.

Elle montre la fumée noire s’élevant dans le ciel et un bâtiment détruit à Téhéran après un bombardement.  Dans ce complexe, se tenait une réunion à laquelle assistait de hauts responsables iraniens dont le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, le samedi 28 février 2026.

Les Etats-Unis et Israël mènent depuis la fin du mois de février une série d'attaques contre l'Iran, tuant le guide suprême Ali Khamenei et plusieurs dirigeant de la république islamique. Ces frappes se produisent quelques jours après un important déploiement militaire américain dans la région, avec notamment les deux porte-avions USS Abraham Lincoln et USS Gerald Ford, et alors que des négociations diplomatiques, reprises depuis le 6 février, étaient toujours en cours.

 

CIA : c'est ici…

Selon le New York Times, l’attaque visant à éliminer Ali Khamenei a été décidée de manière opportuniste sur la base d’un renseignement de la CIA confirmant une réunion à très haut niveau à laquelle devait participer l’Ayatollah. Ce renseignement, partagé avec Israël, aurait été obtenu après une longue période de « pistage » des responsables iraniens. Exploitant cette information, la frappe a eu lieu à 9h40 locales, alors que les plans initiaux prévoyaient une attaque de nuit.

 

Epic Fury et Roaring Lion contre True Promise IV

Ce sont des avions de chasse israéliens, armés de missiles air-sol à longue portée, qui auraient mené l’attaque proprement dite.

Le 1er mars à 5 h (heure locale), les médias d'État iraniens annonçaient la mort d'Ali Khamenei. Au total, quarante hauts gradés et dignitaires iraniens auraient été tués dans les premières heures d’une opération, destinée semble-t-il à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire et même à renverser le régime. D’autres grandes villes du pays sont touchées : Ispahan, Karaj, Qom ou Kermanshah.

La riposte iranienne n’a pas tardé… Jérusalem, Tel Aviv, Abou Dhabi, Ryad, Bahreïn : la République islamique a envoyé plusieurs salves de missiles et de drones.

 

Image nette mais objectifs flous…

A l’heure où j’écris ces lignes, la situation reste très incertaine avec des risques importants, malgré la supériorité militaire évidente des Etats-Unis et d’Israël : capacité asymétrique iranienne, résilience du régime et attitude du peuple iranien, escalade régionale du conflit et évolution de la situation dans le détroit d’Ormuz. Donald Trump n’est pas particulièrement réputé pour anticiper le jour d’après. En bon tireur d’élite texan, il pourrait redéfinir la cible et les objectifs après avoir criblé le mur de balles…

 

L'enfer du décor : les coulisses d’une image très médiatisée

Revenons à nos pixels…

L'image publiée ici est un tout petit extrait d'un image plus grande acquise par le satellite Pléiades Neo 4 le jour même de l'attaque, à 7:36 UTC soit 11:06 en heure locale, moins d’une heure trente après l’explosion des missiles.

La résolution au sol est de 30 cm. C'est ce qu'on fait actuellement de mieux dans le domaine des satellites civils. Au moment où l'image est acquise, le satellite est presque à la verticale de Téhéran avec un angle de visée faible (environ 16°).

La surface couverte représente un rectangle d'environ 830 m sur 800 m, en gros 65 hectares, alors que l'image complète couvre une largeur de 14 km, soit pratiquement la totalité de la ville de Téhéran. Les deux illustrations suivantes sont des copies d’écran montrant l’emprise de l’image dans Google Earth.

 

Téhéran - Teheran - Attaque - Bombardement - Ali Khamenei - Ayatollah - Pléiades Neo 4 - satellite - USA - Israel - Février 2026 - Bâtiment détruit - fumée noire
Téhéran - Teheran - Attaque - Bombardement - Ali Khamenei - Ayatollah - Pléiades Neo 4 - satellite - USA - Israel - Février 2026 - Bâtiment détruit - fumée noire

Localisation dans Téhéran de la vignette extraite de l’image acquise le 28 février 2026 par le satellite
Pléiades Neo 4. La Leadership House est "fermée temporairement" indique Google, champion de l'euphémisme....Copies écran d’un affichage réalisé avec Google Earth.

 

Après réception au sol, l'image brute est corrigée et fait l'objet d'un traitement destiné à la rendre superposable à une carte : on obtient l'ortho-image (une image dont tous les pixels semblent avoir été pris à la verticale) présentée ici et reprise par les médias.

Entre la prise de vue effective et la mise à disposition de l’image mise en forme aux media, il ne s’écoule que quelques heures. Avoir un délai court entre l’acquisition et la distribution des images fait partie des exigences de performance de services d’observation de la Terre pour les applications de gestion de crise. J’ai publié de nombreux exemples dans le cas de catastrophes naturelles ou industrielles. C’est également vrai pour les acteurs de la sécurité (détection et surveillance d’activités illégales) ou de la défense.

 

Appuyer sur le déclencheur au bon moment

La bonne image au bon moment ? C’est un peu le graal pour un photoreporter, un photographe animalier ou même pour un photographe amateur qui cherche à immortaliser le sourire d’un enfant.

Pour les satellites à très haute résolution, c’est un peu similaire : à la différence des satellites à large fauchée qui couvrent systématiquement un domaine géographique défini (par exemple l’ensemble des terres émergées pour les satellites européens Sentinel-2), les satellites opérés par Airbus Defence and Space sont programmés pour acquérir des images de zones précises, plus ou moins grandes.

Dans le jargon des satellites d’observation, on appelle cela le « tasking » : des équipes spécialisées définissent et mettent à jour régulièrement la liste des images que chaque satellite doit acquérir. Une fois transmis au calculateur de bord, le cerveau du satellite, celui-ci le réalise de manière autonome.

 

satellite - tasking - programmation - agility - agilité - premières images - acquisition - Pléiades Neo - Earth observation

Illustration montrant le résultat de la programmation (tasking) d’un satellite d’observation.
Exemple de Pléiades Neo 4 pour une des premières orbites et l’acquisition des premières images quelques
heures après le lancement. Infographie : Gédéon à partir de Goole Earth et de données fournies
par Airbus Defence and Space

 

Deux aspects importants de la performance en matière de réactivité sont la facilité et la vitesse de mise à jour de ce plan d’acquisition, le cas le plus dimensionnant étant celui des catastrophes naturelles pour lesquelles il n’y a pas de préavis : il faut réagir très vite sans avoir pu, la plupart du temps, anticiper la catastrophe, par exemple lorsqu’un tremblement de terre ou un tsunami se produit.

Je n’ai pas eu d’informations précises mais dans le cas de l’image de Téhéran, le laps de temps extrêmement court entre l’attaque du complexe où était Ali Khamenei et l’acquisition de l’image du bâtiment détruit s’explique très probablement par une opération « site monitoring », ou surveillance de site, mise en place sur Téhéran, à partir du moment où les moyens militaires américains ont été renforcés. L’existence d’une image acquise par le satellite Pléiades la veille de l’attaque (voir l’article publié par le journal le Monde) accrédite cette thèse.

Une telle opération de suivi régulier d’un site, utilisant des satellites commerciaux, peut être réalisée à la demande d’un client ou à l’initiative de l’opérateur exploitant les satellites. Les applications sont nombreuses : suivi de l’activité dans un port ou un site minier, surveillance d’une zone où on suspecte des activités illégales, suivi de grands chantiers, évolution d’un gros incendie de forêt ou, comme on a pu le voir récemment en France, suivi des inondations et de la décrue d’un fleuve.     

 

40 années d'expériences et de savoir-faire en observation de la Terre

Parvenir à ce niveau de performance (très haute résolution, acquisition réactive, qualité radiométrique et géométrique des images, précision de localisation, rapidité de mise à disposition des images à l’utilisateur final, etc.) n’est pas exactement le fruit du hasard.

C’est le résultat d’un savoir-faire et d’une expérience en observation de la Terre qui se sont accumulés depuis quarante ans.

Presque exactement 40 ans séparent cette image du satellite Pléiades Neo 4 et la première image du satellite SPOT 1 : le 22 février 1986, une fusée Ariane 1 mettait en orbite le premier satellite d’observation de la Terre SPOT 1.

Baptisé par les mauvaises langues « Satellite Pour Occuper Toulouse », SPOT 1 représentait en réalité le début de l’aventure de l’observation de la Terre en France et en Europe, avec une descendance prestigieuse : SPOT 2 à SPOT 5, SPOT 6 et 7, Pléiades-1A et Pléiades-1B et les deux « petits derniers » Pléiades Neo-3 et Pléiades Neo-4.

Cette belle histoire mérite un article spécial...

 

Des images qui ont marqué les esprits

Il est trop tôt pour dire si cette image d’un bâtiment bombardé à Téhéran restera dans les annales de l’observation de la Terre.

Mais au-delà des premières images qui sont toujours très attendues, le satellite SPOT-1 et ses descendants ont souvent livré des images restées iconiques.

Je pense notamment à l’image acquise par SPOT 1 acquise alors que la recette en vol était toujours en cours, il marquait les esprits avec une image confirmant l'explosion du réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl en avril 1986 ou à celle du satellite SPOT 4, premier témoin depuis l’orbite des attentats du 11 septembre 2001.

 

SPOT 1 - Tchernobyl - Explosion - Réacteur 4 - satellite - Avril 1986 - centrale nucléaire - accident - première image
World Trade Centre - 11 septembre 2001 - WTC - Ground Zero - 911 - SPOT 4 - satellite - première image - Manhattan - New York - Attentat - Ben Laden - Terrorisme

Deux exemples d’images marquantes acquises par les satellites SPOT 1 et SPOT 4 : l’explosion de
la centrale de Tchernobyl en 1986 et l’attentat du World Trade Center en 2001.
Copyright CNES 1986 et 2001 – Distribution Airbus DS

 

Il y en a beaucoup d’autres. A côté des événements dramatiques ou des catastrophes naturelles, je vous invite également à admirer ce que nous montrent les satellites d’observation de la Terre à propos de la beauté et de la fragilité de notre planète.

 

En savoir plus :

 

 

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