La crue de la Loire et les inondations dans les environs d’Angers : animation réalisée à partir de deux images
acquises par les satellites radar Sentinel-1A (18 février 2026) et Sentinel-1C (18 janvier 2026).
Crédit image : Copernicus / Union européenne. Traitement : Gédéon
And now the storm-blast came, and he
Was tyrannous and strong:
He struck with his o’ertaking wings,
And chased us south along.
…
Water, water, every where,
And all the boards did shrink;
Water, water, every where,
Nor any drop to drink.
Extrait du poème « The Rime of the Ancient Mariner »
écrit par Samuel Taylor Coleridge (1798). Il inspire
une chanson d’Iron Maiden sur l’album Powerslave (1984).
P comme Pedro : une nouvelle tempête baptisée par les services météo, la goutte d'eau qui fait tout déborder
Après Alice et Benjamin (octobre 2025), Davide et Emilia (décembre 2025), Goretti (6 janvier 2026), Ingrid (23 janvier) et Nils (10 février 2026), la tempête Pedro a traversé la France le 19 février, accompagnée de fortes précipitations : depuis le début de l’année, les deux anticyclones centrés sur l‘Afrique et l’Europe du nord entraînent une succession de tempêtes, des vents violents et un temps très pluvieux sur le pays. La Bretagne et les pays de Loire, le quart sud-ouest et le pourtour méditerranéen sont particulièrement touchés.
Météo France indique « qu’il pleut de manière continue sur l'Hexagone depuis le 14 janvier, soit déjà 37 jours consécutifs : il s’agit de la série de jours de pluie consécutifs la plus longue mesurée en France depuis le début des mesures en 1959 ».
Depuis le 1er janvier, il est tombé l'équivalent d'un hiver entier de précipitations, voire plus, sur la pointe bretonne, un large quart Sud-Ouest et le pourtour méditerranéen avec 44 jours de pluie, contre 48 pour un hiver “normal” entier et seulement 6 journées sans pluie.
L’automne 2023 avait été très arrosé mais l’hiver 2026 le dépasse largement…
Que d'eau, que d'eau !
Si le président Mac-Mahon revenait à Toulouse un peu plus de 150 ans après son passage en juin 1875, il serait à nouveau impressionné par le débordement de la Garonne…
Les pluies qui tombent sur des sols gorgés d’eau, empêchant l’infiltration des pluies, provoquent un fort ruissellement et des inondations dans plusieurs régions françaises. Cela semble paradoxal mais cette situation ne nous met pas à l’abri d’une sécheresse pendant l’été : selon les experts de Météo France, les pluies hivernales permettent de retarder l'assèchement des sols au printemps. En revanche, cela n'écarte pas le risque de sécheresse à l'été qui dépendra de la pluviométrie et des températures printanières et estivales.
Les satellites radar de Copernicus témoins des crues de la Loire et de la Garonne
L’image présentée au début de ce texte a été acquise par le satellite européen Sentinel-1A et montre la situation dans les environs d’Angers le 18 février 2026 et la compare à une image de référence acquise un mois plus tôt. Je vous propose d’autres images des satellites radar Sentinel-1 pour faire le point sur les bassins versants de la Loire et de la Garonne.
La France n’avait pas connu un épisode d’inondation d'une telle durée depuis 1959. L’illustration suivante montre la carte de vigilance et les cartes publiées par le service Vigicrues.
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Carte de vigilance crues publiées le 22 février 2026 par le service Vigicrues pour la France le bassin
de la Loire, celui de la Garonne et celui de la Charente. Crédit image : Météo France / Vigicrues
Une crue majeure de la Loire
Les départements de la Loire-Atlantique et le Maine-et-Loire étaient toujours en alerte rouge, au moment où j’écris ces lignes.
La Loire a atteint des niveaux historiques à plusieurs endroits et les eaux boueuses ont envahi champs et routes et isolent des habitations. Des ponts sont devenus impraticables, dans les environs d’Angers ou d’Ancenis. Près d'Angers, aux Ponts-de-Cé (Maine-et-Loire), c’est la plus forte crue de la Loire enregistrée depuis 25 ans.
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Crue de la Loire : la situation dans les environs d’Angers vue par le satellite radar Sentinel-1A
le 18 février 2026. En bas, à titre de référence, une image acquise le 18 janvier 2026 par le satellite
Sentinel-1C. Crédit image : Copernicus / Union européenne. Traitement : Gédéon
Danger à Angers
Angers est identifié comme un territoire à risque important du point de vue des inondations : la ville est située aux confluences du Loir, de la Mayenne et de la Sarthe. Ces deux dernières rivières forment ensuite la Maine — au niveau de l'île Saint-Aubin, au nord de la ville — qui se dirige au sud-ouest vers la Loire, toute proche. La ville d’Angers est exposée à trois types de crues :
1) les crues d’une ou plusieurs des trois rivières en amont,
2) une crue de la Loire, limitant alors l’écoulement de la Maine et un débordement en amont
et enfin 3) un scénario extrême mais rare : la concomitance entre deux crues centennales, crue de la Loire à Saumur et crue de la Maine à Angers.
Selon le service Vigicrues, le pic de crue devait être atteint le dimanche 22 février mais la décrue sera lente.
Grâce à sa large fauchée (largeur de prise de vue), jusqu’à 250 ou même 400 km selon le mode de fonctionnement du radar, le satellite Sentinel-1 permet de voir un champ beaucoup plus large et met en évidence les zones de crue le long de la Loire, en amont vers Saumur et de la confluence avec la Vienne et en aval vers Ancenis et jusqu’à l’estuaire à Nantes et Saint-Nazaire.
Crue de la Loire : animation comparant la situation en Saumur et Saint-Nazaire vue par le satellite radar
Sentinel-1A le 18 février 2026 et la situation le 18 janvier vue par Sentinel-1C. Cliquer sur les dates
pour afficher chaque image individuellement. En mer, les réseaux de points clairs correspondent
à des parcs d’éoliennes. Crédit image : Copernicus / Union européenne. Traitement : Gédéon
Vues de l’espace, depuis une orbite à 693 km d’altitude, les inondations peuvent rester un peu abstraites. L’échelle des images (en bas à gauche) aide à se faire une idée plus précise, comme la résolution des images radar : chaque pixel noir, correspondant à de l’eau (fleuve ou zone inondée), représente ici une surface de 100 m2 (la résolution des images dépend du mode de fonctionnement de l’instrument radar). On atteint vide des centaines ou des milliers d’hectares de terres inondées.
C’est encore plus concret quand on survole la zone à basse altitude ou depuis le sol… Thibault, le fils de vieux amis, m’a envoyé quelques photos prises à Briollay, un peu au nord d’Angers, à la confluence de la Sarthe et du Loir. C’est très impressionnant. Lundi 23 février, les habitants de Briollay étaient toujours privés de gaz et la mairie devait distribuer des convecteurs électriques.
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Les inondations au nord d’Angers : une série de photographies prises à Briollay.
Copyright : Thibault Baret. Cliquer sur les photos pour les agrandir.
Sur la Garonne, c’est le pompon
A la même date (l’image de référence date par contre du 19 janvier), le satellite Sentinel-1A montre également les crues de la Garonne entre Toulouse et Bordeaux :
Crue de la Garonne : animation comparant la situation entre Bordeaux et Toulouse vue par le satellite radar
Sentinel-1A le 18 février 2026 et la situation le 19 janvier (image du satellite Sentinel-1C). Cliquer sur
les dates pour afficher chaque image individuellement.
Crédit image : Copernicus / Union européenne. Traitement : Gédéon
Depuis le 11 février, une partie de la Garonne avait été placée en vigilance rouge par le service de surveillance Vigicrues. Le 22 février au matin, la vigilance était redescendue au niveau orange.
Après le passage de la tempête Nils, la Garonne a largement débordé de son lit, en particulier entre Langon au nord et Agen au sud. La tempête Pedro a prolongé l’épisode de crue.
L’ampleur de la crue est particulièrement importante sur le tronçon allant de Langon à Aiguillon via Marmande, comme l’illustre l’animation suivante.
Crue de la Garonne : animation centrée sur la Garonne entre Langon et Aiguillon, créée à partir d’une image
acquise par le satellite radar Sentinel-1A le 18 février 2026 et une image du 19 janvier acquise par le satellite
Sentinel-1C. Cliquer sur les dates pour afficher chaque image individuellement.
Crédit image : Copernicus / Union européenne. Traitement : Gédéon
Un avant-goût du climat qui nous attend ?
En novembre dernier, les Amis de la Cité de l’espace organisaient une grande conférence avec Valérie Masson-Delmotte et Lola Corre pour présenter l’état des connaissances sur l’évolution du climat dans le monde, avec un zoom sur la situation en France.
La question des précipitations faisait partie des sujets abordés : une atmosphère plus chaude contient davantage de vapeur d’eau, ce qui augmente le potentiel de précipitations intenses, tout en modifiant leur rythme. Les extrêmes de précipitations se renforcent également dans un climat plus chaud.
Pour la France, les projections climatiques décrites dans la TRACC (Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique) indiquent que les hivers deviendraient globalement plus pluvieux et les étés plus secs :
- Dès +2,7°C de réchauffement (horizon 2050 de la TRACC), les précipitations hivernales augmentent sur une grande partie du territoire, en particulier dans le nord et l’ouest du pays. Cette hausse atteint en moyenne +20%, avec une large incertitude selon les régions et les modèles (entre -8% et +36%).
- À +4°C de réchauffement (horizon 2100 de la TRACC), la tendance se confirme avec des hausses moyennes comprises entre +17% et +20%, pouvant localement dépasser +40%. Cela signifie des hivers globalement plus humides, avec une fréquence accrue des épisodes de fortes pluies.
Et, comme nous venons de le vivre en février 2026, plus de précipitations, c’est aussi plus de crues et d’inondations…
Quelques explications sur les images des satellites radar présentées ici…
Si vous lisez régulièrement le blog Un autre regard sur la Terre, vous savez que je publie plutôt des images radar représentées en noir et blanc et vous êtes peut-être surpris de voir les images colorées de cet article.
Vous connaissez probablement les compositions colorées des images multispectrales des instruments des satellites d’observation optique : 3 bandes spectrales sont représentées respectivement en rouge, vert et bleu pour afficher l’image.
Pour un satellite radar, il n’y a pas de bandes spectrales multiples mais plusieurs polarisations peuvent être utilisées simultanément pour acquérir une même image.
Les images radar sont en noir et blanc quand on utilise une seule polarisation pour représenter cette image. Quand on combine plusieurs polarisations (par exemple VV et VH et une combinaison des deux), on peut produire une représentation colorée qui permet de mieux distinguer différents types de surface : l’eau apparaît en noir, les zones urbaines en jaune, la végétation en turquoise et les sols nus en pourpre sombre. Les couleurs des zones couvertes de glace ou de neige peuvent varier beaucoup.
Au fait, pourquoi des images radar en cas d’inondations ?
D’abord, à cause des nuages : quand il pleut, il y a des nuages et les satellites optiques (qui captent la lumière du soleil réfléchies par le sol) sont à la peine. Seuls les satellites radar avec leurs instruments actifs peuvent pénétrer la couverture nuageuse. Un instrument radar est également bien adapté pour cartographier les surfaces d’eau : comme un miroir, elles réfléchissent le signal électromagnétique au lieu de le diffuser : sur les images, l’eau apparaît en noir (peu d’énergie renvoyée vers l’instrument) alors que les surfaces diffusantes correspondent à des pixels plus clairs (l’instrument reçoit davantage d’énergie). Ce n'est pas clair ? lisez cet article avec des explications plus complètes.
Je ne vais pas conclure cet article sans vous proposer une image optique. Si vous regardez les sites d’accès aux images satellites (par exemple le site Eumetsat ou le portail Copernicus), vous aurez du mal à trouver une belle image sans nuages des zones inondées.
Il y a quand même eu un petit trou dans la couverture nuageuse le 18 février au-dessus de la Garonne. Cela correspondait à un passage du satellite Sentinel-2C. Voici un extrait de l’image en couleurs naturelles. La représentation en proche infrarouge offre même une meilleure lisibilité des zones inondées. Rien d'équivalent au-dessus de la Loire : le ciel reste désespérément bouché.
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La crue de la Garonne au sud en Bordeaux. Extrait d’une image acquise par le satellite Sentinel-2C
le 18 février 2026. La représentation avec le canal proche-infrarouge est accessible ici.
Crédit Image : Copernicus / Union européenne
Les satellites de la société Planet ont également profité de cette éclaircie pour acquérir des images de la zones. Elles ont été reprises par plusieurs médias, contrairement à l’image du satellite Sentinel-2.
En savoir plus :
- Les autres articles du blog un autre regard sur la Terre sur les inondations et sur le rôle des satellites en cas de situation d’urgence ou de catastrophe. Les articles dans la catégorie météorologie et climat.
- Les articles sur les satellites Sentinel-1 et sur le programme européen Copernicus.
- « Les plus grandes crues sur la Loire » : liste des plus grandes crues sur la Loire aux principales stations mesurées aux échelles de crue. Document édité par le service de prévision des crues Loire-Allier-CherIndre en décembre 2021.
- Le bulletin de vigilance crues Maine, Loire aval.
- Sur le site de Météo France, des explications sur la tempête Pedro.
- Sur le site de la Préfecture du Lot-et-Garonne, un point de situation sur les crues.


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