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Un autre regard sur la Terre

Espace, satellites, observation de la Terre, fusées et lancements, astronomie, sciences et techniques, etc. A l 'école ou ailleurs, des images pour les curieux...

Copernicus : l'ESA dévoile les premières images du satellite radar Sentinel-1D

Publié le 27 Novembre 2025 par Gédéon in Acquisition-et-traitement-des-images, Copernicus-GMES, Satellites-et-lancements

 

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Terre de feu, Antarctique, Allemagne : Les premières images du satellite européen Sentinel-1D sont arrivées.
Crédit image : données des satellites Copernicus Sentinel (2025), traitées par l’ESA. Licence CC BY-SA 3.0 IGO

 

Chaud devant !

Le satellite radar Sentinel-1D vient de nous livrer ses premières images.

L’Agence Spatiale Européenne a dévoilé aujourd’hui les premières images du tout nouveau satellite européen Sentinel-1D, lancé par Ariane 6 le 4 novembre 2025. La publication officielle a eu lieu en ouverture de la conférence ministérielle de l’ESA qui se tient à Brême en Allemagne du 26 au 27 novembre.

Je commençais à trouver le temps long… En réalité, même si elles n’ont été rendues publiques qu’aujourd’hui, ces images ont été acquises dans les jours qui ont suivi le lancement, le 6 et le 7 novembre 2025. C’est une étape importante qui prouve la bonne santé du dernier né de la famille Sentinel-1. Un bon signe pour la suite de la recette en vol et pour la prochaine mise en service opérationnel de ce satellite radar.

 

Un max de budget pour la CMIN : la grande messe de l’Agence Spatiale Europénne au radar

Clin d’œil aux participants de la grande messe de l’ESA, une des images publiées montre Brême au nord de l’Allemagne, la ville où, les 26 et 27 novembre, les États membres de l'Agence spatiale européenne doivent s'entendre sur des moyens financiers pour les trois prochaines années. Un budget de 22 milliards d'euros serait sur la table…

Pour l’Europe spatiale, cette réunion intervient à un moment décisif : alors que les grandes puissances mondiales affirment leurs ambitions spatiales, l’Europe doit réaffirmer une vision stratégique commune, pour tenter de maintenir son rang, notamment dans le domaine des sciences et de l’exploration, et assurer son autonomie et sa crédibilité pour jouer un rôle dans les grands projets internationaux.

 

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Une des premières images du satellite européen Sentinel- 1D : la ville de brême et ses environs au nord
de l’Allemagne. 
Image acquise le 7 novembre 2025. Cliquer sur l’image pour la voir en pleine résolution.
Crédit image : données des satellites Copernicus Sentinel (2025), traitées par l’ESA. Licence CC BY-SA 3.0 IGO

 

Sur le plan technique, les différentes couleurs de l’image correspondent à différentes polarisations du signal radar acquises par le satellite, représentées dans les teintes rouge, verte et bleue. Ces couleurs mettent ainsi en évidence différents types d’occupation des sols : zones urbaines, plans d'eau, surfaces cultivées, etc.

La seconde image ne nous éloigne pas trop de Brême : acquise le 7 novembre, elle montre l’embouchure de l’Elbe, le quatrième fleuve d’Allemagne au nord de Brême et au nord-ouest d’Hambourg. L’utilisation des couleurs est similaire est celle de l’image de Brême

Les cours d’eau, les lacs, les océans et la ressource en eau sont un domaine d’application important pour les satellites radar du programme européen Copernicus.

 

Sentinel-1D - First images - Premières images - satellite radar - ESA - Copernicus - Union européenne - Hambourg - Elbe - Allemagne - Earth observation - Observation de la Terre - Environnement - Climat

En Allemagne, près d'Hambourg, l’embouchure de l’Elbe vue par le tout nouveau satellite Sentinel-1D
le 7 novembre 2025. Cliquer sur l’image pour la voir en pleine résolution.
Crédit image : données des satellites Copernicus Sentinel (2025), traitées par l’ESA.
Licence CC BY-SA 3.0 IGO

 

Au sud du sud : premiers regards d’un nouveau satellite…

Après sa mise en orbite par Ariane 6 et la réception au sol des premières télémesures du satellite, l’instrument principal, le grand radar à synthèse d'ouverture (SAR) de 12 mètres de longueur, a été mis sous tension.

Ces opérations ont été effectuées très rapidement et les premières images ont été acquise deux jours après le lancement : elles ont été prises au-dessus de la péninsule Antarctique, de la Terre de Feu et du glacier Thwaites, dans la nuit du 6 novembre (heure européenne), quand le satellite survolait l’extrême sud de notre planète.

En fait, les images d’Allemagne n’ont été acquises qu’environ six heures plus tard, le matin du 7 novembre, alors que Sentinel-1D était repassé au-dessus de l’arctique et survolait le nord de l’Europe.

Quelques minutes plus tard, les images enregistrées à bord étaient transmises au sol et reçues par les antennes de la station de Matera dans la région des Pouilles au sud de l’Italie, une des composantes du segment sol de Copernicus.

Les voyages forment la jeunesse… A toute vitesse : l'ensemble de ces opérations a été réalisé dans les 50 heures suivant le lancement. Selon l’ESA, cela constitue probablement le délai le plus court jamais enregistré entre le lancement et la réception des données pour un satellite d'observation de la Terre utilisant un radar, plus compliqué à mettre en service qu’un instrument optique.

Selon Nuno Miranda, responsable de la mission Sentinel-1 à l'ESA, la qualité des premières images est excellente et très prometteuse pur une mise en service rapide.

 

Cap sur le Cap Horn et la Terre de Feu

L’image suivante acquise nous emmène à la pointe sud du continent sud-américain entre le détroit de Magellan et le passage de Drake, entre océan Atlantique et océan Pacifique, à cheval entre le Chili à l’est et l’Argentine à l’ouest.

Comme précédemment, les couleurs correspondent à différentes polarisations du signal radar. L’océan et les sommets enneigés, en nuances de bleu, contrastent avec les teintes jaunes des surfaces émergées.

 

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Au sud du continent sud-américain, la Terre de feu vue par le satellite Sentinel-1D dans la nuit
du 6 novembre 2025 (heure européenne). Cliquer sur l’image pour la voir en pleine résolution.
Crédit image : données des satellites Copernicus Sentinel (2025), traitées par l’ESA.
Licence CC BY-SA 3.0 IGO

 

Une polaire bien chaude : toujours utile pour vérifier la polarisation de Sentinel-1D

La polarisation radar correspond à l'orientation du champ électrique de l'onde radar, horizontale ou verticale par rapport au sol.

La polarisation modifie l'interaction du signal radar avec la surface et change la nature des données pouvant être recueillies sur les caractéristiques physiques de cette surface.

L'utilisation de plusieurs polarisations permet ainsi de mieux distinguer les caractéristiques de la surface.

 

C’est l’été : bienvenue en Antarctique !

En suivant le satellite Sentinel-1D sur sa trajectoire vers le sud, nous survolons une des régions les plus vulnérables au réchauffement climatique. Même si c'est l'été, en plus du maillot de bain, prévoyez quand même des vêtements chauds : les soirées peuvent être un peu fraîches…

Pour compléter les premières premières images, les équipes de l’ESA ont choisi deux images de l’Antarctique, pour illustrer un des atouts des instruments radar : ceux-ci sont particulièrement adaptés à l’observation de la Terre à travers la pluie et les nuages, ainsi que dans l'obscurité. C’est souvent bien utile pour l'observation des régions polaires ou des régions tropicales.

D’abord une zone de la péninsule Antarctique, la région la plus au nord du continent Antarctique et, quasiment, la seule partie s'étendant au nord du cercle polaire.

 

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La péninsule antarctique : une image prise par le satellite Sentinel-1D dans la nuit
du 6 novembre 2025 (heure européenne). Cliquer sur l’image pour la voir en pleine résolution.
En bas, zoom sur une série de glaciers. Crédit image : données des satellites Copernicus Sentinel (2025),
traitées par l’ESA. Licence CC BY-SA 3.0 IGO

 

S’avançant sur 1300 km, il s'agit d'une calotte glaciaire reposant sur un chapelet d'îles rocheuses, son extrémité se situant à seulement 1 000 km de la Terre de Feu. Les glaciers de petite taille, bien visibles sur l’image, sont très sensibles au réchauffement rapide.

A l’instar de Sentinel-1D et de ses jumeaux, les satellites d’observation en orbite polaire, permettant un passage fréquent au-dessus des régions polaires, sont des outils indispensables pour suivre les changements tels que l'effondrement des plateformes de glace, l'amincissement et l'accélération des glaciers et d’autres indicateurs du changement climatique dans la région.

Contrairement aux images précédentes, celle présentée ici est en noir et blanc (avec une seule polarisation). Elle met en évidence le contraste entre l'océan et le paysage glacé de la péninsule.

Le niveau d’intensité, entre le noir profond et le blanc, est lié à la rétrodiffusion du signal radar, c’est-à-dire l’intensité du signal réfléchie par la surface observée. Elle dépend surtout de ce qu’on peut appeler la rugosité de la surface.

Les surfaces comme la glace et la neige réfléchissent des signaux radar plus intenses, ce qui se traduit par des pixels plus clairs sur l'image. Les pixels plus foncés indiquent une rétrodiffusion de plus faible intensité, qui se produit lorsque le signal radar se réfléchit sur une surface spéculaire (comme un miroir) – en l'occurrence la surface de l'océan Austral.

 

Thwaites, le glacier de l’apocalypse

Pour terminer ce premier tour avec les yeux grand ouverts, voici le glacier de Thwaites et le glacier de l’île du Pin, à l'ouest de la péninsule Antarctique. Ils sont eux aussi vulnérables aux changements climatiques.

Le glacier Thwaites est l'un des plus instables d'Antarctique avec un risque de recul rapide : en regardant les détails visibles sur l’image Sentinel-1D, on perçoit la fragilité de la glace et les ruptures de blocs.

L’image utilise plusieurs polarisations radar pour obtenir une meilleure description de la surface. La banquise apparaît en tons pourpres, tandis que les glaciers apparaissent blancs.

 

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Le glacier de Thwaites et le glacier de l’île du Pin vus par le satellite Sentinel-1D dans la nuit
du 6 novembre 2025 (heure européenne). Vue d'ensemble et deux extraits. Cliquer sur les images
pour les voir en pleine résolution. Crédit image : données des satellites Copernicus Sentinel (2025),
traitées par l’ESA. Licence CC BY-SA 3.0 IGO

 

Un glacier qui fout les boules ?

Ces images sont publiées juste après la trentième réunion de la Conférence des Parties (COP30) sur le climat, au cours de laquelle les conséquences des changements climatiques et les mesures d'atténuation nécessaires ont été débattues, avec une déclaration finale décevante (un accord a minima selon le Ministère de l’Europe et des affaires étrangères), et alors que 2025 a été proclamée Année internationale de la préservation des glaciers par les Nations Unies.

Pour donner quelques repères, un rapport de l’Organisation Météorologique Mondiale (WMO) sur l’état du climat pour la COP30 indique que les glaciers ont perdu, entre octobre 2023 et septembre 2024, la plus grande quantité de glace jamais enregistrée depuis 1950.

Ce rapport précise également que cela correspond à une élévation du niveau moyen des mers de 1,2 millimètres. C'est considérable. Autour du 24 février 2025, la surface de la banquise antarctique a atteint son minimum de l’année, soit 2,1 millions de km2. C’est la troisième plus faible étendue jamais enregistrée par satellite (1978-2025), le niveau le plus bas ayant été enregistré en 2023.

 

Surface de glace - Antarctique - Record 2025 - évolution quotidienne et historique - OMM - WMO - JAXA - Meteo - Climat - COP30 - World Meteorological Organization
Surface de glace - Arctique - Record 2025 - évolution quotidienne et historique - OMM - WMO - JAXA - Meteo - Climat - COP30 - World Meteorological Organization

En haut, évolution journalière de l’étendue de la banquise antarctique en 2025 comparée à la moyenne
1991-2020 et aux données historiques depuis 1978. En bas, courbes pour la banquise arctique.
Source : JAXA. Extrait du rapport de l’OMM sur l’état du climat préparé pour la COP30 à Bélem.

 

L'étendue maximale annuelle de la banquise antarctique, de 17,9 millions de km², a été atteinte aux alentours du 16 septembre 2025. Cette étendue maximale de 2025 est la troisième plus faible jamais enregistrée par satellite, après celle de 2023.

 

En savoir plus :

 

 

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