Le bilan de la crue dramatique au Népal et au Tibet, continue de s’alourdir : au moins 1003 morts et 4462 disparus, selon les chiffres officiels, toujours provisoires, publiés le 1er septembre 2026 en début de journée. Les dégâts considérables, visibles depuis l’espace, témoignent de l’ampleur et de la brutalité de la crue éclair.
L’image suivante, acquise par le satellite SPOT 6 le 28 août, montre à la fois la zone du glacier effondré à l’origine de cette catastrophe et l’inondation et la coulée de boue le long des cours d’eau à des dizaines de kilomètres en aval. La résolution originale est de 1,5 mètres. Elle est présentée ici en résolution réduite d’un rapport 3 environ.
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Inondation catastrophique au Népal et au Tibet : extrait d’une image acquise par le satellite SPOT 6 le 28 août 2026.
Cliquer sur l’image pour la voir en grand format (gros fichier…)
Copyright Airbus DS 2026
Un catastrophe majeure
A côté des habitants des villages dévastés et des ouvriers des chantiers des barrages de la région, de nombreux étrangers, touristes ou pèlerins, dont au moins quatre français, figurent parmi les disparus. Près d’une semaine après la crue, malgré les efforts des sauveteurs travaillant dans des conditions très difficiles, avec le risque de nouvelles inondations, il reste peu d’espoir de retrouver des rescapés dans la boue et l’amoncellement de débris. En particulier, 80 militaires et secouristes tentent du percer un passage vers un tunnel du chantier du barrage Trishuli-3 pour retrouver une centaine d’ouvriers bloqués à l’intérieur. Aucun contact n’a encore pu être établi.
L’événement s’est produit le 26 août 2026 à 2h52 UTC (soit 8h37 en heure locale), à la frontière entre le Népal et la région autonome du Tibet en Chine, à une soixantaine de kilomètres à vol d’oiseau au nord de Katmandou.
Causée par un énorme glissement de terrain et la rupture d'un glacier en altitude, la crue des rivières Bhote Koshi et Trishuli a d’abord touché le district de Rasuwa, au nord de Katmandou puis les districts de Nuwakot et de Dhading. L’eau, charriant sédiments et blocs de roches, est montée très rapidement, avec une onde de crue se propageant à plus de 100 km/h.
Les satellites d’observation du monde entier activé pour la cartographie des dégâts
L’image suivante est extraite d’une image acquise par un des satellites d’observation Pléiades dans le cadre de l’activation des services de cartographie d’urgence. Beaucoup d’autres satellites ont été programmés pour acquérir des images le plus rapidement possible après la catastrophe.
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Crue éclair au Népal et au Tibet : les dégâts vus par un des deux satellites Pléiades le lendemain
de la catastrophe. Extrait en résolution réduite d’une image acquise le 27 août 2026.
La résolution d’origine est de 50 cm par pixel. Copyright CNES 2026 – Distribution Airbus DS
Une cartographie rapide de la situation et des dégâts pour aider les secours
L’objectif de ces images spatiales acquises en urgence est d’aider les secouristes et les intervenants de la protection civile à analyser la situation réelle sur le terrain et de tenter de réaliser les interventions dans les meilleures conditions possibles. Routes coupées, ponts détruits, boue et débris de roche : les difficultés d’accès aux zones dévastées expliquent l’intérêts des images et des produits cartographiques qui en sont issus, même quand les nuages masquent une partie de la zone.
Au moins trois dispositifs ont été mis en branle pour cette crise : la charte internationale espace et catastrophes majeures, le service européen de cartographie d’urgence du programme Copernicus et le dispositif Sentinel-Asia.
Pratiquement tous les opérateurs de satellites d’observation de la Terre, commerciaux ou institutionnels sont impliqués : Airbus Defence and Space, Vantor, USGS, Copernicus, etc.
Voici deux extraits en pleine résolution de l’image Pléiades centrés sur les zones de Syaprubesi et Rasuwagadhi.
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Crue éclair au Népal et au Tibet : les dégâts dans les zones de Rasuwagadhi (en bas) et Syaprubesi (en haut)
sur la rivière Trishuli vus par un des deux satellites Pléiades le lendemain de la catastrophe.
Extraits d’une image acquise le 27 août 2026. Copyright CNES 2026 – Distribution Airbus DS
Le défi : observer malgré les nuages
La difficulté est la couverture nuageuse dans la région qui empêche d’avoir une vue d’ensemble de la situation. J’ai sélectionné deux images provenant des satellites européens Sentinel-2 acquises respectivement le 12 et le 27 août qui illustrent cette difficulté. Malgré les nuages, l’image du 27 août montre néanmoins le changement majeur au niveau du cours des rivières affectées par la crue.
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Vues d’ensemble de la région avant et après la catastrophe. Extrait en résolution réduite de deux
images acquises respectivement le 12 et le 27 août 2026. Couleurs naturelles.
Crédit image : Copernicus / Union européenne
Comparaison avant-après
Voici deux animations d’extraits des images du satellite Sentinel-2 facilitant la comparaison avant-après sur les deux zones présentées plus haut avec les images du satellite Pléiades.
La crue au Népal et au Tibet : comparaison avant-après. Deux animations au format gif produites
à partir des images acquises par le satellite Sentinel-2 le 12 et le 27 août 2026.
Cliquer sur les images pour les agrandir. Les images sources utilisées dans ces deux animations
sont disponibles ici et là pour la journée du 12 août et ici et là pour la journée du 27 août.
Crédit image : Copernicus / Union européenne
Un petit rappel : les satellites Sentinel-2 de Copernicus ne sont pas programmés pour acquérir des images de zones particulières contrairement aux autres satellites comme SPOT 6, Pléiades, Pléiades Neo ou d'autres satellites à très haute résolution. Sentinel-2 acquiert les images des régions qu'il survole avec un cycle de revisite donné : on n'obtient pas nécessairement une image dès qu'on en a besoin.
Un tsunami sur une rivière en montagne
L’ampleur du glissement de terrain est telle que l’USGS, qui assure une veille mondiale des tremblements de Terre, a d’abord catégorisé la catastrophe comme un séisme de magnitude 4,4. L’analyse plus approfondie des signaux sismiques a montré que la secousse, d’une magnitude de 5,2, provenait en fait d’un glissement de terrain. Une seconde secousse de magnitude 4,2 a suivi à 6:00 UTC. La localisation correspond à une latitude de 28,27°N et une longitude de 85,515°E, à 55 km de Kodari, une ville frontière entre le Népal et la Chine.
La vidange soudaine d'un lac glaciaire ou "GLOF" en anglais (Glacial Lake Outburst Flood, en anglais) a été également évoquée comme cause de la crue mais cela ne semble pas être le cas ici.
Selon les premières analyses des scientifiques, l’élément déclencheur est la combinaison d’un glissement de terrain et de la rupture d’un glacier. Dans quel ordre ? les scientifiques n’ont pas rendu de conclusion définitive. Toujours est-il que plusieurs millions de mètres cubes de roches, au nord du Langtang Lirung, un sommet népalais culminant à 7234 mètres, et la partie avant d’un glacier ont été suffisamment fragilisés pour se détacher à plus de 5000 mètres d’altitude. L’ensemble a dévalé un des versants de la montagne et est tombé dans le cours d’eau 1500 mètres en contrebas.
Grâce à son champ large, l’image du satellite SPOT 6 du 28 août montre la zone du glacier à l’origine de la crue et l’ensemble des cours d’eau affectés. Les équipes de programmation d’Airbus Defence and Space ont profité d’une couverture nuageuse moins dense pour « tasker » le satellite SPOT 6 dans des conditions favorables
Voici un extrait de l’image présentée au début de ce texte et centrée sur la zone du glacier et la rivière Lhende Khola en aval. L’effondrement du glacier et les débris qu’il a causés sont bien visibles.
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Inondations et coulée de boue au Népal et au Tibet : extrait de l’image acquise par le satellite SPOT 6
le 28 août 2026 centré sur la zone de la rupture du glacier. Cliquer sur l'image pour la voir
en haute définition (gros fichier). Copyright 2026 Airbus DS
Un raz de marée d'eau et de boue
En fin d’été dans l’hémisphère nord, avec la fonte des glaciers et les pluies de mousson, le niveau des rivières est élevé.
Un peu comme un piston dans une seringue, l’amas d’eau, de glace, de roche et de Terre a poussé l’eau dans la rivière de la vallée. Le débit et la hauteur d’eau ont augmenté très rapidement, entraînant un effrayant tsunami terrestre, comme on peut le voir sur les vidéos des caméras de surveillance des barrages ou celles du poste-frontière de Gyirong du côté chinois qui ont capté les premières images de l’événement.
La vague monstrueuse s’est propagée à toute vitesse sur plusieurs dizaines de kilomètres. Parmi les risques compliquant l’intervention des équipes de secours, il est possible que des retenues d’eau créées par le glissement de terrain cèdent et entraînent de nouvelles inondations. Deux retenues importantes au milieu du chaos de roches sont nettement visibles sur l’extrait de l’image SPOT 6 présentée plus haut.
Un effet du changement climatique ?
Sur ce point, il est également prématuré de répondre. A l’altitude où le glissement de terrain s’est produit, c’est le domaine du permafrost, normalement gelé en permanence. Il est possible que le réchauffement, combiné à d’autres facteurs à préciser, ait joué un rôle en provoquant un dégel déstabilisant les sols.
Si l'hypothèse d'un effet du changement climatique se confirmait, nous aurions un nouvel exemple de pays parmi les plus petits contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre mais payant le prix fort du dérèglement climatique.
Quoi qu’il en soit, le glissement de terrain a un caractère tout à fait exceptionnel, avec un impact sur des distances considérables.
Un phénomène similaire (effondrement rocheux entraînant une rupture de glacier) s’est produit le 7 février 2021 en Inde dans le district de Chamoli (dans l’Etat d’Uttarakhand) mais il n’avait pas la même ampleur. Les images des satellites d’observation avaient contribué à comprendre le déroulement de la catastrophe.
Plus près de nous, en Suisse, le 28 mai 2025, c’est un éboulement rocheux qui est tombé sur le glacier du Birch, sur la rive gauche du Lötschental, près du village de Blatten, entraînant ensuite l’effondrement du glacier et une avalanche de roches et de glaces sur le village.
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Les dégâts de l’avalanche causée au village de Blatten par l’effondrement du glacier du Birch.
Image acquise par le satellite Pléiades Neo le 30 mai 2025. Traitement HD15 améliorant la résolution
d'origine de 30 cm. La résolution de l'image présentée ici est réduite. Cliquer sur l'image pour l''agrandir.
Copyright Airbus DS 2026
En savoir plus :
- Les autres articles du blog Un autre regard sur la Terre sur l’apport des satellites d’observation à la gestion de crise.
- Sur le site du service de cartographie d’urgence de Copernicus, le rapport sur l’activation après la crue au Népal et au Tibet (activation EMSR927).
- Les produits de cartographie rapide réalisés dans le cadre de l’activation de la charte internationale espace et catastrophes majeures (activation 1052).
- La page dédiée à la catastrophe sur le site Sentinel-Asia.
- Sur le site de l’USGS (US Geological Survey), la page sur le glissement de terrain et la crue éclair qu’il a causé et les pages sur les secousses sismiques enregistrées (première secousse et seconde secousse à 6:00 UTC le 26/08/2026).
- Sur le site de l’ESA, une analyse (en anglais) à partir d’images spatiales de la catastrophe de Chamoli en février 2021.
- Sur le site d’Airbus Defence and Space, dans la galerie d'images, des images de glaciers vus par les satellites d’observation et des images de catastrophes.

